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Manuel MARTINEZ – L’Ombre colorée.
Découvrir les toiles de Manuel Martinez relève toujours de la magie. Classé bien souvent dans la figuration libre, bien plus libre en fait qu’il n’y parait, son style est affirmé ; sa peinture parfois faite d’aplats, parfois soulignée de subtils et légers modelés lui permet de se détacher du fond et paraître voler dans l’espace du tableau.
Personnages stylises, découpés, déstructurés, recomposés en de savantes compositions qui confèrent au tableau une force magique, prenante, envoutante presque, ne laissant jamais indifférent. Les couleurs sont vives, pures et associées aux signes, formes simples, elles deviennent un code que l’artiste nous invite à interpréter.
Mais ne nous y trompons pas, derrière cette peinture colorée que l’on pourrait trouver ludique se cache un enjeu beaucoup plus important. Manuel Martinez est né en Espagne, en Andalousie plus précisément, terre de contraste et de tragédie. Même s’il arrive en France vers l’âge de quatre ans c’est toute l’Espagne qui coule dans ses veines. L’atavisme est là, prégnant, et l’exil est toujours une souffrance, même si cela se passe bien ; le déracinement est toujours présent comme une cicatrice mal refermée. Si les couleurs sont chaudes, comme l’Espagne quittée, si la peinture semble festive, ce n’est que pour cacher ce qui se joue en arrière-plan ; la tragédie, la mort, le combat pour survivre ; tout le paradoxe de ce sud de l’Espagne qui l’a vu naître. Faire la fête pour ne pas mourir ; mais pas une fête joyeuse, tapageuse, inutile, non, une fête pour conjurer le mauvais sort, pendant indispensable aux drames de la vie. Tout est excessif dans ces terres du Sud et c’est ce qui justifie les couleurs vives, parfois criardes qu’emploi Manuel Martinez. Plus la couleur est pure, plus le drame qui se cache est profond. Comprendre cela permet à chacun de saisir la peinture de Manuel Martinez. Daniel Despothuis.
Manuel Martinez (Martonse) est né le 3 mai 1956 dans un petit village de la Sierra Nevada près de Granada en Andalousie (Espagne). Dans les années 60, avec son frère et ses parents, il immigre en France et découvre dans ce nouveau pays d’accueil toute l’imagerie qui lui donnera le goût du dessin pour commencer et de la peinture par la suite. La force du trait il la découvre dans les premières bandes dessinées que lui achète sa mère et dont il se délecte. Il est fasciné par la puissance évocatrice que peut dégager une image. Dès lors il ne cessera de dessiner, d’essayer de retrouver dans ses propres dessins la même émotion, le même enthousiasme, la même fascination.
Le même choc, il l’a lorsqu’il découvre, toujours à travers les livres, les chefs d’oeuvres des grands maîtres tels que Picasso, Léger, Miro, Ingres et bien d’autres. Il est encore adolescent et peint son premier tableau. Il fait sa 1ere exposition de groupe à l’âge de 18 ans dans la ville de Pamiers où ses parents se sont fixés définitivement et obtient le prix de la Ville. Le virus de la peinture est bien là. Manuel Martinez se sent déjà peintre dans l’âme.
Il multiplie les expositions de groupe et personnelles. Pendant 2 ans il affine aussi sa technique du dessin et de la couleur aux beaux-arts de Toulouse, approfondit sa connaissance de l’histoire de l’art. Pour payer ses études, il va peindre et faire des portraits sur le port de Collioure fier d’être sur les traces de peintres tel Derain ou Matisse qu’il admire.
Il est obligé de chercher du travail et une imprimerie l’embauche en tant qu’illustrateur-graphiste à mi-temps pour ses talents de dessinateur. Ce salaire lui permet d’acheter du matériel et de continuer à produire pour peindre et exposer. Depuis 1999 les galeries d'art l'exposent et font connaître son travail internationalement.
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